Markus Leicht / Péronnik l’idiot

12:52 am June 23rd, 2012

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Markus Leicht (oui, c’est un pseudo !) est une figure incontournable de la SF et de la BD à Lyon. Fanzineur fou (Les Lames Vorpales notamment), il ne cesse d’écrire et de publier. En d’autres termes cet auteur discret est… essentiel !

Dans un univers à la Terry (Pratchett ou Gilliam, choisissez), Markus s’amuse (et nous aussi) à entrainer son héros (ou anti-héros) dans des élucubrations les plus déjantées. Un savant cocktail d’humour et de fantasy fortement recommandé.

Résumé (quatrième de couverture) :

Carabistouille ! Le plus grand gros des héros de la mythique Cynandrie est parmi nous.
En compagnie de son tonneau magique préféré, il se lance dans une suite d’aventures toutes aussi échevelées qu’improbables. Il faut dire qu’affronter des arbres mangeurs d’hommes, des dragons retors, des nécromanciens, des clowns, des vendeurs de kébabs, les exécuteurs de la Mort-Qui-Tue et le terrible maistre Alarik, ce n’est pour lui que broutilles. Ou presque. Surtout s’il y a un bon tonneau de bière à la clé.
Car que serait Péronnik sans un tonneau à portée de main ? … et surtout sans ses jambes pour s’enfuir à bon escient ? Décidément, voilà un personnage que vous ne risquez pas de confondre avec Khonan le barbare ou avec Gougueul le facétieux.
— Allez, tavernier, apporte-moi un autre tonneau…
(146 pp – 9,40 euros – Editions Eons 2006)

Simon Oeriu / Un Déluge infini

5:36 am June 22nd, 2012

J’ai rencontré Simon lors du dernier festival Octogônes (jeux de rôles et fantasy) de Lyon en automne dernier. Voisins à la table de dédicace, nous avons vite sympathisé : tous les deux juristes et passionnés de ‘zique. Nous sommes partis avec nos ouvrages respectifs. Le livre de Simon vient de remporter un prix (meilleur roman de Fantasy 2011 décerné par le Forum de littérature fantastique) et c’est tout à fait mérité car son bouquin, une somptueuse saga (536 pages) montre à la fois une puissance d’imagination, une richesse d’émotions et un style fluide. Fortement recommandé.

Résumé (quatrième de couverture)

Sept couleurs, sept élus, sept armes. Apparues avec les chimères, elles seront le moyen de leur destruction pour sauver l’équilibre du monde. Arrivée au terme de son destin, l’humanité doit faire face au Déluge qui doit noyer la haine, l’indifférence et la guerre. Mais quelques cœurs purs ont encore le rêve d’une nouvelle utopie et d’une éternelle liberté.
Les paroles et les rêves se heurtent au mur de la réalité et de la mort. Face à la disparition des valeurs et du monde, les héros n’ont d’autres armes que leur cœur pour que la vie coule encore en ce monde. Fasciné par la mythologie et les mangas, Simon Oeriu manie avec brio la légende et l’épée, et construit son récit comme un rêve où la vie est un “Déluge infini” d’amour, de liens fraternels et de rires, mais aussi de larmes.

(28,50 €  –  536 pages)

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Céline Thibaut / Les Portes de l’oubli

5:08 am June 22nd, 2012

J’ai renconté en juin chez des amis communs cette jeune auteur(e) et j’ai acheté ce petit bouquin. Je viens de le finir et j’avoue avoir été fasciné par l’imagination de Céline, son sens des dialogues et la profondeur de ses personnages. Si vous êtes amateur de l’univers gothique ou vampire, si vous aimez Nightwish, cette novella (à mi chemin entre la nouvelle et le roman) est pour vous !  A soutenir absolument : c’est un livre fabriqué à la maison (ceci explique d’ailleurs quelques problèmes de maquette et d’orthographe mais qui ne nuisent en rien à la qualité de l’histoire !).

Résumé (quatrième de couverture) :

La mort nous laisserait-elle une seconde chance… ?
Plus d’une année a passée quand Selen, une jeune femme de 26 ans émerge d’un coma profond.
Malgré l’aide de Julie et Alyne, ses deux plus proches amies, son retour à la vie ne s’effectue pas sans heurt.
Après une courte période d’amnésie, la jeune femme ne parvient pas à reprendre pied dans l’existence qui était la sienne. C’est alors qu’un monde mystérieux s’ouvre à elle.
Régulièrement, un homme étrange et ténébreux lui apparaît depuis son réveil.
D’où viennent ces blessures quand elle sort du sommeil au petit matin ?
D’autant plus que de terribles meurtres sont commis dans la ville ces nuits là…

 

(8 euros – 140 pages)

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De l’autre côté des nuages (extrait du roman)

7:55 am October 12th, 2011

Alerte !

Il existe, au village des elfes, le Bois rêveur, une bien curieuse coutume. Les rondes de nuit sont en effet assurées par les plus jeunes habitants. Certainement parce qu’ils ont moins besoin de sommeil que les anciens mais aussi pour les endurcir et les sensibiliser aux problèmes de sécurité d’une cité lacustre perdue dans les roseaux, au bord d’une vaste mare.
C’est donc bien naturellement qu’Hamzel et Rotz, les deux derniers arrivants au village et les cadets de la petite tribu, avaient été désignés pour monter la garde, en cette première semaine d’automne. Ce soir, c’était même le tour de Rotz.
Hamzel, son compagnon, n’était pas allé se coucher pour autant. Plus par amitié que par crainte d’un quelconque événement nocturne. Qui pourrait attaquer le Bois rêveur ? Le seul objet de valeur, la « Pierre de Songe », étant jalousement gardé par les soldats de la Grande Prêtresse, de rudes gaillards prêts à sacrifier leur vie pour protéger le bijou magique, un somptueux cristal pur transmis de génération en génération et doté de pouvoirs surnaturels. Celui qui le possède peut en effet lire les pensées d’autrui.
Qui donc pourrait s’aventurer dans le village sur pilotis quand en plus celui-ci est inondé par les rayons blafards d’une nuit de pleine lune ?
Rotz a toujours été d’un naturel craintif. Aussi quand Hamzel proposa de lui tenir compagnie tout en préparant sa délicieuse liqueur de framboise, le gros lutin fut rassuré à double titre : il n’était pas seul ce soir, et son ami s’occupait de l’approvisionnement hivernal en douceurs.
« Je reviens, chuchota Hamzel. Je vais sur la berge cueillir quelques herbes pour aromatiser ma potion…
– Ne tarde pas ! » répondit Rotz, un peu inquiet.
Le petit lutin se dirigea vers le pont-levis gardant l’entrée du village et déroula la corde qui le maintient relevé.
Il parvint non sans mal sur la rive. Le ponton d’accès, à force d’être battu par les flots, est vermoulu à plusieurs endroits. Il faillit même tomber à l’eau ! Dans son émoi, il n’entendit pas un petit ricanement provenant d’un fourré épineux à quelques mètres de là.
Une fois Hamzel éloigné, une ombre s’en détacha et prit furtivement la direction de la cité.
Elle se glissa sans problème à bord et s’approcha à pas feutrés du palais de la Grande Prêtresse.
En deux temps, trois mouvements, les gardes étaient neutralisés et la pierre… dérobée !
Lorsque Rotz donna l’alerte, le voleur était déjà bien loin.

(70 pages illustrées – Editions Acid Dragon – 8 euros)

 

 

Les Chênes du rêve (extrait du roman)

7:48 am October 12th, 2011

6. Blanche idylle

Pris dans les tourbillons du baccalauréat puis par les vacances et la rentrée, Hervé et Béatrice ne se virent pas beaucoup les mois qui suivirent.

Sa Majesté le Chêne, en ces derniers jours d’automne, était trahie par un nombre de plus en plus grand de sujets. Rouges ou verts, comme s’ils éprouvaient quelque honte ou une quelconque peur à quitter celui qui les avaient protégés, nourris, logés pendant de longs mois, feuilles et glands s’en allaient furtivement.

La saison mélancolique semblait encore régner en maître quand, sur les instances de la bise, les dernières feuilles restées fidèles avaient cédé, non sans regrets, la place aux flocons de neige.

Glacé jusqu’aux os, le chêne paraissait grelotter de tous ses membres.

– Un temps à ne pas mettre un arbre dehors, murmura Hervé, le nez collé à la vitre.

Il n’était guère sorti ces derniers jours si ce n’était pour faire les quelques courses indispensables. Il était d’autre part submergé de contrôles : Hervé, jeune étudiant en lettres, découvrait la vie universitaire.

Un bonnet tricolore sur la tête, une écharpe de laine autour du cou, des moufles en cuir, des bottes de jardinier, le voilà prêt à affronter les deux alliés de cet hiver précoce, le vent et la neige.

Engourdi, le jour se levait comme à regret.

– Bonjour, Madame Crouzet ! dit-il en pénétrant prudemment dans la cour verglacée de la ferme.

La paysanne cessa de passer son lait, leva la tête et répondit par un petit nuage de vapeur.

– Bonjour !

– Les oeufs d’hier étaient excellents, reprit-il.

– J’en ai de tout frais de ce matin, si votre mère en désire de nouveau.

– Je ne pense pas, merci.

Hervé s’approcha d’un des piliers en pierre qui soutenaient le poulailler et décrocha la berthe encore toute tiède. Il s’aperçut que la plupart des autres récipients étaient encore vides et qu’il manquait celui de Béatrice. Il retraversa lentement la cour.

Après voir tiré derrière lui le vieux portail rouillé de la ferme, faisant chanter les gonds, il se retrouva seul sur le long ruban blanc à peine maculé par ses traces. Il fut en quelques pas près du chêne qui gardait consciencieusement et imperturbablement le chemin qui portait son nom. Il lui donna quelques tapes amicales comme pour le réconforter.

Un frisson parcourut soudain son dos. Il tourna la tête et aperçut Béatrice qui, un peu plus bas, riait aux éclats. Elle lui lança une autre boule de neige, mais rata cette fois-ci la cible.

Hervé n’eut pas le temps de riposter qu’elle se trouvait dans ses bras.

A la manière d’un enfant émerveillé et apeuré à la fois devant un objet éblouissant, il caressa timidement ses joues rosies par le froid et ses cheveux bruns constellés de paillettes de neige. Il déposa sur ses lèvres pourprées un tendre baiser, un peu maladroit. Puis, il approcha sa bouche de son oreille, feuille d’acanthe qui aurait fait aisément le délice d’un quelconque cyclope végétarien, lui murmura quelques mots, empêchant ainsi le vent de les emporter au loin. Elle lui répondit par un sourire éclatant. De sa main, Hervé écarta délicatement les volutes de cheveux qui cachaient ses joues picotées de taches de rousseur pour cueillir au passage une minuscule larme au goût de miel.

– Tes yeux sont deux turquoises dont ton visage est l’écrin…

Il l’embrassa de nouveau sur les paupières et dans le cou.

Il l’entraîna alors dans une course folle.

Leurs pas ne violèrent pas longtemps la blanche virginité du sentier. Il trébucha, entraînant Béatrice dans sa chute. Ils se trouvèrent étendus côte à côte, le nez dans la neige, riant aux éclats. Il l’enlaça alors si fort qu’ils ne formèrent plus qu’un seul corps, qu’un seul être. Ils firent quelques tonneaux jusqu’à un buisson qu’ils déshabillèrent de son manteau d’hiver.

Une cruelle horloge scolaire interrompit leur idylle.

– Sept heures, je vais être en retard à la fac ! s’exclama-t-il.

Béatrice acceptait sans bien comprendre la vie minutée et trépidante que menait Hervé. Elle avait quitté le lycée jeune puis n’avait connu que le petit café. Celui-ci vivait en étroite symbiose avec le soleil et les saisons. Inutile d’ouvrir le bar à cette époque de l’année et par cette température à sept heures précises, comme en plein été, il n’y aurait personne…

Déjà Hervé était revenu près du chêne chercher sa berthe maintenant froide et à demi renversée. Après quelques mots d’adieu, il se dirigea rapidement vers le chalet familial paralysé par le froid.

Béatrice restait figée et muette. Elle parvenait difficilement à voir à travers ses larmes et la brume matinale la chère silhouette qui s’éloignait. Elle s’essuya les yeux puis s’en retourna en direction de la ferme.

Elle fut bientôt devant la vieille maison ; elle pénétra alors dans la cour gelée refermant derrière elle le portail rouillé qui emplit le triste ciel d’une plainte stridente.

(56 pages – Editions Acid Dragon – nouvelle édition – 8 euros)

La corde bleue (extrait de Chapitre IV)

7:43 am October 12th, 2011

La Corde bleue

“C’est la “dèche”, mon vieux, la “dèche”…
– Prends pas tout au tragique !
– Tu en as de bonnes : Jean-Luc est parti au régiment, Olivier veut nous quitter parce que nos conceptions musicales ne sont pas les siennes, tu parles ! Et si c’était tout ! Regarde, voilà une traite pour l’ampli que l’on nous a piqué la semaine dernière lors d’un concert à Lyon… Quant à notre soit-disant producteur, il a fait la malle avec nos économies !
– Si je comprends bien, l’enregistrement du disque est renvoyé aux calendes grecques !
– Oh oui ! Et à nous les bals du samedi soir pendant quinze ans ! »

*
* *

« Enfin, Olivier, tu ne vas pas te tirer maintenant ! Le groupe a besoin de toi…
– Tu parles ! Blue Bird est à l’agonie. Alors, un guitariste de plus ou de moins !
– Mais qu’est-ce que tu as en ce moment ? Tu te piques ? Ou alors les filles…
– Non… Je ne prends plus mon pied quand je joue ; et cela m’énerve de voir des gens qui m’écoutent.
– T’as besoin de vacances, c’est tout. Pars quinze jours avec ta nana. Ca ira mieux après !
– Non ! De plus, Brigitte m’a plaqué…
– Ah !… Reste au moins jusqu’à la rentrée, le temps de faire quelques bals pour nous remettre à flot.
– O.K. ! Mais tu ne m’auras pas deux fois… »

*
* *

« Combien de personnes pour le concert de ce soir ?
– Une dizaine…
– Bref, de quoi payer l’électricité et la location de la salle ! »
Le rideau s’ouvre et après quelques étoiles synthétisées, un épais nuage de fumée bleue, Olivier entame un long dialogue passionné avec l’orgue et la basse, entraînant les spectateurs dans son sillage.
Mais, bientôt, le tourbillon cesse : c’est la fin du rêve, les âmes doivent réintégrer leur enveloppe matérielle. Sous les bravos, les musiciens « atterrissent » douloureusement et sortent de la scène. Ce n’est pas l’enfantement de la musique qui est pénible, mais plutôt la sortie de la clinique quand tout rentre dans l’ordre.
– Tu as été formidable, Olivier. Je ne t’ai jamais entendu jouer aussi bien… »
En effet, le groupe est rappelé trois fois par une « foule » enthousiaste : dix personnes frappant et criant à tout rompre.
« Merci, et bonsoir !…
Le rideau se referme et l’arc-en-ciel qui unissait spectateurs et musiciens s’évapore jusqu’au prochain concert.
– Mais non, continue Olivier en coulisses, tu n’as rien compris…
– Dis c’est quoi cette corde bleue ?
– Bof, je l’ai récupérée sur une guitare de mon père ; un vieux clou acheté chez un luthier octogénaire… Il dit toujours qu’il a séduit ma mère grâce à elle ! »

*
* *

Les jours passent. La popularité du groupe grandit on ne sait par quel miracle. Finis les bals du samedi où il faut jouer les « tubes »et non pas sa propre musique, élaborée avec passion et courage. De plus, Jean-Luc vient souvent en permission, ce qui permet (malgré les cris des voisins !) d’enregistrer des morceaux pour le futur album… Car les finances sont dans un meilleur état. On a payé l’ampli, acheté un nouveau synthé et l’on envisage même une tournée en septembre…
« Et maintenant, Blue Bird !
Le rideau s’ouvre sur une salle comble.
« Cathy-les-blés » surnommée ainsi à cause de ses cheveux, est, comme d’habitude, au premier rang. Elle n’a d’yeux et d’oreilles que pour Olivier, son fiancé. Lui, il ignore tout simplement la salle envoûtée par ses notes, les vivas du public à chaque solo, à chaque vibration de ses cordes et de son cœur.

(74 pages – Editions Acid Dragon – 5 euros)

Le meurtre de Mrs Killworth (extrait du recueil)

7:25 am October 12th, 2011

Extrait du recueil (nouvelle complète)

« Maï sisteur iz notte a boy…

– Non, Pierre, je t’ai déjà dit : « my sister is not a boy ». N’est-ce pas Jack ?

– Yes, madame !

Les trois amis, Pierre, Paul et Jack, le correspondant irlandais de Pierre, accompagnés de leur institutrice en retraite, pardon de leur professeur des écoles, Elisabeth Martin, attifée de son éternel chignon, sont en effet à bord de l’Eurostar à destination de l’Angleterre, Londres plus précisément (1).

– … and my brother is gay, murmure Jack, à l’insu de l’enseignante.

– Regardez les enfants, nous commençons la traversée de la Manche.

– Ben, on voit rien ! commente Paul.

– Que veux-tu voir, Paul ? De l’eau ? plaisante Pierre.

– Tu es bête, soupire l’enseignante. Il pensait que cela serait plus spectaculaire, n’est-ce pas Paul ?… »

Quelques instants plus tard, toujours incognito, le train refait surface dans le Kent, le jardin de l’Angleterre, près de Folkestone. Un arrêt et l’Eurostar se dirige d’un pas presque nonchalant, beaucoup plus lentement que sur le continent, vers la capitale britannique. Le temps est plus couvert qu’outre-Manche.

« Oh, des bus rouges à étage ! Génial ! crie, enthousiaste, Paul.

– Chez nous, ils sont verts, commente Jack. C’est la couleur nationale de l’Irlande.

– Bon, les enfants, que voulez-vous faire à Londres ?

– Visiter le musée de la torture ! crie Paul

– Faire du shopping à Hamleys, le plus grand magasin de jouets du monde et à Forbidden Planet, une boutique spécialisée dans la science-fiction, s’enthousiasme Pierre.

– Je vois que tu es bien renseigné, commente Elisabeth. Et toi, Jack ?

– Faire les magasins de disques d’Oxford street…

When I get older losing my hair

Many years from now

Will you still be sending me a Valentine

Birthday greetings bottle of wine

If I’d been out till quarter to three

Would you lock the door,

Will you still need me, will you still feed me,

When I’m sixty-four

chantonne l’instit’.

– C’est de qui ?

– Des Beatles !

– Moi, je cherche des singles d’Oasis et de… Marillion pour mon père, fan de rock progressif. J’aimerais aussi aller aux puces de Camden, on y trouve des fringues pas possibles !

– Des vêtements, Jack, on dit des « vêtements ».

– Purée, Jack, tu n’as jamais été aussi bavard, commente Paul, malicieusement. On voit que tu es chez toi !

– Mon pays, c’est l’Irlande !

– Et vous, Madame, que pensez-vous acheter ?

– J’aimerais rapporter du thé ; il y a paraît-il une boutique spécialisée près de Convent Garden. Et puis, je verrai avec mon cousin George… Ah, nous approchons de Waterloo Station ! Ramassez vos bagages les enfants… Bon, on va prendre le métro jusqu’à Marylebone road, près de Regent’s Park, c’est là que demeure George. A deux pas de Baker street, là où habitait Sherlock Holmes.

Le train aborde le quai en douceur et déverse son flot de voyageurs, ravis.

– George ! Vous êtes venu, crie l’enseignante, apercevant une silhouette familière. Un homme bien dans sa quarantaine, habillé très « smart » façon John Steed de Chapeau melon et bottes de cuir, « The Avengers » en anglais, s’approche de la maîtresse.

– Hello, Lilette! How do you do?

– Fine, thank you.

– Je suis venu vous chercher à la gare pour vous aider à porter vos bagages. Hélas, ma voiture est en réparation. Prenons un taxi !

– D’accord ! s’exclame l’enseignante. J’adore les cabs londoniens.

Hélée par George, la voiture s’arrête près de nos amis.

Les trois enfants s’engouffrent dans le véhicule noir.

– Super, comme dans les films de James Bond !

– Marylebone road, please!

– Yes, sir !

Le taxi quitte Waterloo Station et franchit la Tamise en direction de Regent’s Park.

– Regardez les enfants, à gauche Big Ben !

– C’est marrant la conduite à gauche !

– Des bus rouges ! Des tas de bus à étage. Ils sont drôles, on dirait qu’ils sont borgnes. On pourra en prendre un ?

– Moi, je monterai au premier, devant, juste au-dessus du chauffeur…

Le taxi continue sa route à travers Trafalgar Square.

– Regardez la colonne avec Napoléon, fait Paul.

– C’est la statue de Nelson », précise George, flegmatique.

La voiture atteint maintenant Piccadily Circus, dévoilant sa fameuse statue d’Eros et ses enseignes lumineuses, à la grande joie des enfants.

Le cab arrive peu de temps après à Marylebone road, une rue un peu triste aux maisons cossues.

George habite au premier étage un loft coquet.

« Voilà, je vous laisse prendre un peu de repos. Ce soir, je vous offre le restaurant. Un restaurant indien, ça vous va ?

– On va manger du pemmican ? demande naïvement Paul.

– Mais non, de la cuisine indienne d’Inde. Poulet tandoori cuit au four, riz au curry… Miam ! rectifie Jack.

– A moins que vous ne préfèreriez l’atmosphère « cosy », douillette et conviviale d’un pub ?

– C’est une bonne idée, répond Lilette. Pourquoi pas demain ?

– Maîtresse, vous voulez aller au café ? fait Paul, étonné devant tant de hardiesse venant de son instit’ réputée pour être old fashioned, vieux jeu.

– Un pub n’a rien de commun avec un café français respirant la sciure et le vin rouge. C’est plus raffiné ! rectifie l’enseignante. Et on y mange très bien.

– Sinon, pour le petit déjeuner ? Continental ou English breakfast ? continue George.

– C’est quoi la différence ? demande Pierre.

– English, c’est avec des œufs au bacon, du thé… Continental, c’est avec des tartines, du café comme chez vous en France.

– English pour moi ! crient à l’unisson les enfants.

– Moi aussi, complète plus discrètement l’institutrice.

– All right, je vais prévenir Mrs Killworth, c’est ma logeuse.

George descend les escaliers après avoir salué ses invités.

– Mrs Killworth ! Wendy, vous allez bien ?

On entend un tintement de clefs et le grincement d’une porte qui s’ouvre avec peine, comme gênée par un poids mort.

– Oh my goodness !… Elisabeth, venez vite, c’est affreux !

L’enseignante descend à son tour l’escalier. Son pas est plus précipité car elle redoute le pire. Elle est suivie par les trois amis.

George se tient sur le seuil de l’appartement du rez-de-chaussée. A ses pieds gît une vieille dame baignant dans son sang.

– Tenez à l’écart les enfants, dit George à Elisabeth.

– Oh, on en vu d’autres, fait Pierre malicieusement.

– Pierre, ne soit pas insolent, ce n’est pas le moment ! corrige l’institutrice…

Elle examine attentivement le corps.

– Etonnante, cette blessure, poursuit-elle. On dirait qu’elle n’a pas été faite avec un couteau… Plutôt avec un crochet.

– Regardez, Madame, la fenêtre est verrouillée de l’intérieur et il y a des barreaux qui empêchent toute entrée, note Pierre.

– Et toute sortie… Et il n’y a pas d’autre issue, ajoute Paul.

– Juste une cheminée, complète Jack, ragaillardi, qui jusque là était pétrifié.

– Je ne pense pas que l’assassin soit passé par là, commente Elisabeth, jetant un œil circonspect dans l’orifice. Il n’y a pas de suie par terre… Au fait, la porte était ouverte, George ?

– Non, j’ai dû l’ouvrir avec mon double. Elle était fermée à clef. J’ai trouvé Mrs Killworth qui gisait là, à l’entrée, bredouille, ébranlé, George.

– Comme si elle avait voulu s’enfuir… ajoute Pierre.

– Comment le meurtrier a-t-il pu opérer ? Bizarre tout cela, conclut Elisabeth. Appelons la police ! »

*

*    *

L’institutrice et ses trois compagnons ont eu du mal à dormir après une journée aussi remplie : un voyage certes agréable mais fatiguant et surtout la découverte macabre en arrivant à Marylebone road. La soirée fut également mouvementée avec la visite de la police qui n’en finissait pas de prendre témoignages et indices, perdue en conjectures.

Aussi, les quatre amis étaient plutôt moroses ce matin devant leur petit-déjeuner.

George avait branché la radio, histoire d’égayer l’atmosphère.

« Après tout, vous êtes en vacances !

– This is the BBC News. Les informations présentées par William Waterson… La police a découvert dans le quartier de Regent’s Park un étrange assassinat. Une vieille dame trouvée poignardée à son domicile. Scotland Yard est sur les dents…

– Vous avez vu, ils parlent de Mrs Killworth à la radio ! s’exclament ensemble les trois garçons.

– Ils ne sont guère loquaces, ajoute Madame Martin.

– Ca veut dire quoi « logarce » ? demande Jack.

Pierre et Paul rient.

– Loquace, rectifie l’institutrice. Cela veut dire bavard.

– … On apprend également que la statue de Peter Pan a été gravement endommagée à Kensington !

– Drôle d’idée, murmure Pierre qui est le seul à avoir entendu la nouvelle.

– Et maintenant, la météo…

– Bon, qu’est-ce qu’on fait aujourd’hui, dit avec allant, Pierre.

– Pourquoi pas du shopping ? suggère Paul

– Great idea ! crie Jack.

– Finissez votre breakfast et on y va », conclut Lilette.

*

*    *

Au sortir d’un WHSmith, où Lilette a fait bombance de livres in English (ah la littérature anglaise, quelle richesse ! Que d’émotions !), l’institutrice s’esclaffe tout à coup, à la grande surprise de ses compagnons, notamment de son cousin George, peu habitué à tant d’extériorisation.

« Au fait, quel était le nom de jeune fille de Mrs Killworth ? Son prénom était Wendy… Mais son nom de jeune fille ?

– Darling, pourquoi ? ! répond George.

– Wendy Darling ! Cela ne vous dit rien les garçons ?

Pierre et Paul ne disent mot.

– Si, Madame, crie fièrement Jack. Peter Pan !

– Mais Mrs Killworth est trop vieille pour être Wendy ! remarque Pierre.

– Trop jeune plutôt : Wendy est morte depuis longtemps. Notre Wendy doit être la fille de Margaret, elle même fille de Jane, la propre fille de Wendy. Son arrière petite fille par conséquent…

– Ben alors le meurtrier, c’est qui ? Tout de même pas le capitaine Crochet ? ajoute, dubitatif, Paul.

– Souvenez-vous de la blessure… Sa forme laissait supposer un coup de crochet pas un coup de poignard ou de couteau… Ce que je ne comprends par contre pas c’est comment il a pu pénétrer dans la chambre close.

– Et les dégâts sur la statue de Peter Pan, ce serait lui aussi, intervient Pierre.

– Quels dégâts ? s’enquiert Madame Martin.

Et Pierre de lui rapporter la nouvelle passée inaperçue aux oreilles pourtant aiguisée de la retraitée.

– Oui, tu as raison, Pierre, confirme la maîtresse.

– Elémentaire ! complète George.

– Ce sont tes petites cellules grises qui ont fait le rapprochement ! ajoute malicieusement Lilette. Reste à savoir comment il s’est échappé du « Neverland »…

– Seulement vous oubliez que le capitaine Crochet a été tué par Peter Pan, objecte Pierre.

– Plus précisément englouti par le crocodile, complète Jack.

– Retournons au studio de Wendy. Bien sûr la police aura enlevé le corps depuis ce matin mais il y reste sûrement des indices à glaner.

L’institutrice, suivie des trois enfants et de George, s’engouffre dans la bouche de métro la plus proche pour prendre à la volée le « tube ». Un vrai plaisir, ce métro londonien : propre, confortable et polychrome. Pas de couloir interminables. Et surtout une tolérance maximum. Tous les styles s’y côtoient : de l’homme d’affaire au costume trois pièces au punk à la crête colorée en passant par la minette branchée.

La petite troupe arrive à Marylebone.

– Oh ! dit Jack, passant devant une affiche, un concert donné à la mémoire de Freddie Mercury, le chanteur de Queen.

George ouvre la porte d’entrée, puis tout de suite à gauche, celle de la loge de Wendy. Les quatre amis inspectent les lieux. En vain. La police a enlevé le corps. Reste, à terre, une tache de sang. Qu’il faudra nettoyer.

A part cela, rien d’anormal.

– Même pas de traces de lutte, remarque George.

– Le meurtrier l’aura poignardée par surprise, après s’être introduit furtivement dans la pièce en utilisant la cheminée.

– Mais il n’y a pas de trace de suie… Ni de pas… relèvent les garçons. Et comment l’assassin est-il sorti de la pièce ? George l’a trouvée fermée à clef, apparemment de l’intérieur… Hum !

L’enseignante se gratte la tête puis réajuste son chignon.

– Dites-moi George, avez-vous une échelle et une lampe torche à me prêter ?

– Vous n’allez tout de même pas visiter la cheminée ?

– Non, c’est plus simple que cela !

– Parfait ! Rendez-vous dans une heure, dans ma chambre. Le temps que je me fasse une beauté. »

Le cousin et les trois gamins acquiescent malgré leur perplexité. La curiosité est plus forte.

*

*    *

Une heure après, les quatre compères retrouvent Lilette dans sa chambre. Quelle surprise de la trouver habillée sport, en pantalon, le buste enveloppé dans un pull moulant, des baskets aux pieds et un foulard sur les cheveux.

« J’espère que vous n’avez pas vos vêtements du dimanche car là où je vous emmène, c’est plutôt salissant… George, vous avez les clefs du toit ?

– Euh, oui, je vais les chercher.

– Madame, on va se promener sur les toits ! s’exclament excités les trois enfants.

– Oui, il faudra être très prudents.

– Youppie !

– Voici les clefs.

– Passez devant pour m’ouvrir le vasistas.

En quelques minutes, la petite troupe se trouve sur les lieux. Le toit, peu pentu, rend inutile l’usage de l’échelle.

– Bien, fait la détective. George, quelle est la cheminée de Mrs Killworth ? Celle-ci à droite ou celle-là à gauche ?

– Je ne sais…

– Voyons, voyons. Lilette allume la lampe torche. Hum, c’est celle-ci. Il y a des traces de pas tout autour.

Les trois compagnons ne pipent mot.

– Hum ! Et voilà la solution du mystère.

George, Pierre, Paul et Jack se rapprochent fiévreusement de Lilette.

– Voici quelques fibres d’une échelle de corde qui a frotté sur l’embouchure de la cheminée. Regardez ces empreintes de doigts. Il n’y a qu’une seule main. Et voilà la trace des grappins qui maintenaient l’échelle à la cheminée.

– Le criminel sera donc descendu par là ! s’exclame Pierre.

– Oui, et il est remonté par le même orifice. Voyez ces taches de sang.

– Mais on n’a pas trouvé de suie, objecte Pierre.

– J’y pense, le ramoneur est passé le mois dernier ! s’exclame George.

– Et il suffit d’utiliser un journal disposé dans l’âtre, au pied de la cheminée, pour éviter toute poussière suspecte. Cela concorde, commente Lilette.

– Mais qui est ce capitaine Crochet ? Vient-il du « Neverland » ?

– C’est peut-être un psychopathe qui se prend pour lui, suggère George.

– Et qui court toujours, ajoute, terrifié, Paul.

– Il est mort et bien mort, murmure tout à coup une petite voix venant de derrière une cheminée voisine.

La petite troupe se retourne brusquement pour découvrir une silhouette étrangement familière, tout de vert vêtue.

– Peter Pan !

– Quel chagrin, la mort de Wendy, poursuit-il. J’avais quitté mon bateau, le Jolly-Roger, et je venais pour l’emmener au « Neverland » : c’est en effet le ménage de printemps. C’est alors que j’ai entendu des cris. J’ai volé jusqu’à la fenêtre mais celle-ci était fermée. Je me suis donc dirigé vers la cheminée. Au moment où j’arrivais, une ombre épaisse, un homme déguisé en marin, un crochet à la main, sortait de l’orifice.

– Ce n’était pas le capitaine Crochet, il n’avait pas son allure, sa prestance, commente Lilette.

– Et alors que s’est-il passé ? demande Pierre.

– On s’est battus sur les toits.

– Et… Tu l’as tué ! s’écrie Jack.

– Oui ! s’enorgueillit Peter. Il pousse alors un cocorico victorieux.

– Mais alors Peter, vous ne pouvez plus revenir au « Neverland » ?

– Oui, j’ai en effet tué quelqu’un de votre monde et je suis condamné à vivre ici, réalise tout à coup Peter.

– Venez chez moi, vous logerez chez Wendy, propose spontanément George.

– … A vivre ici, poursuit tristement Peter, et à vieillir.

Jack écrase une larme émue.

– Tu verras, ce n’est pas si mal de grandir, répond maternellement l’instit’.

– En attendant, et si nous allions boire quelque chose de chaud, suggère George, nous serons plus à l’aise que perchés sur le toit de ma maison. Je sais que la vue est splendide mais il commence à faire frisquet. La nuit tombe et il se met à bruiner. Et puis il faut avertir la police. »

La troupe approuve l’offre du cousin.

Peu de temps après, nos amis, confortablement installés près d’un bon feu et d’une tasse de thé, devisent sur leur terrible journée. Puis c’est au tour de Peter de raconter ses aventures au « Neverland ». La soirée se prolonge fort tard, les enfants expliquant à leur tour leur vie sur terre. Puis à minuit, tous décident d’aller se coucher, exténués après de telles péripéties.

Il est fort probable que nos amis ont rêvé au faux Crochet et surtout à Wendy. Ce fut certainement le cas de Peter. Il se voyait emmener Wendy au « Neverland » : « deuxième à droite et tout droit jusqu’au matin »…

(76 pages – Editions Acid Dragon – 8 euros)

SHpiperéduit

Ces livres sont distribués par Amazon, Decitre et sont disponibles chez l’auteur (ici) pour la modique somme de 8 euros (port inclus).